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Un des phénomènes les plus frappants de l’époque actuelle est peut-être le processus de déterritorialisation lié à la mondialisation et à l’avènement d’une société informationnelle. Nous assistons, particulièrement en Europe, à un mouvement de regroupement des acteurs géopolitiques et à la naissance d’une culture transnationale qui semblent annoncer la mort de l’État-nation et du nationalisme. L’effacement des frontières est le signe le plus visible de ce passage dans un nouveau monde, de même que la chute du Mur de Berlin a emblématisé la fin du partage idéologique du monde né en 1947.
Pourtant, est-ce à dire que ces frontières, qui tombent avec une étrange facilité, étaient de pures artéfacts appartenant résolument au passé ? La suppression des frontières politiques n’a-t-elle pas laissé subsister d’autres frontières invisibles, de nature culturelle, sociale, ethnique ? Notre «vieille Europe», au moment même de la chute de l’empire soviétique, a connu avec la fin de la Yougoslavie un phénomène de fragmentation ethnico-nationaliste suscitant de nouvelles frontières, encore plus infranchissables car tracées avec le sang. Hors de la sphère occidentale, aujourd’hui même, des surgissements intempestifs de crispations identitaires produisent de l’exclusion, de la fracture, de la haine. Depuis peu, un mur bissectionne l’espace israélo-palestinien. Assurément, la mondialisation n’avance pas au même rythme que les progrès de l’universalité.
C’est autour de cette question toujours déjà actuelle de la frontière que nous avons choisi d’organiser ce deuxième colloque au coeur du festival Entre Vues.
La frontière politique est-elle réelle ou artificielle ? Le tracé de la frontière sépare et éloigne, mais n’a-t-il pas en même temps pour effet bénéfique de renforcer la cohésion et l’identité des éléments qu’il sépare et conjoint à la fois ? La frontière est-elle intériorisée comme un absolu indépassable ou regardée comme une limite purement conventionnelle ? Arrive-t-il qu’elle soit transpercée, transgressée ? Est-elle ligne ou limite ? Espace de danger ou de liberté ? Et surtout, comment notre perception de la frontière a-t-elle évolué au cours du XXème siècle, à travers les trois dimensions que les contextes historiques lui ont assignées : nationalistes, idéologiques, ethniques ?
Une telle problématique rencontre idéalement le cinéma, car le cinéma, art de l’universel, n’est-il pas tenu a priori à regarder la « frontiérité » comme une réalité contraire à son essence ? La confrontation était inévitable et devait produire des oeuvres majeures, elles aussi toujours actuelles.
Robert Belot Historien, Professeur des universités
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Jeudi 1er décembre 2005 : La frontière qui sépare
14h00 : Présentation générale du colloque Robert Belot et Bernard Benoliel
14h15 : L’invention de frontières artificielles dans la France de l’Occupation Marie-Antoinette Vacelet, historienne, est spécialiste de l’histoire de la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Elle vient de publier : «Le Territoire de Belfort dans la tourmente, 1939-1944», éditions Cètre (2005).
Film projeté et commenté : La Ligne de démarcation (1966, France, Claude Chabrol). 17h00 : Quête et peur de la frontière : le cas d’une nation sans Etat, les Kurdes Jordi Tejel, historien et sociologue, est actuellement chargé de cours à l’université de Fribourg (Suisse), après avoir été chercheur invité à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (Laboratoire RECITS). Jordi Tejel est un spécialiste de l’histoire kurde.
Film projeté et commenté : Turtles Can Fly / Les tortues volent aussi (2004, Iran-Irak, Bahman Ghobadis).
20h00 : Un mur dans la tête ? Est et Ouest en Allemagne, dix ans après la disparition de la frontière idéologique Klaus-Peter Sick, historien et politologue allemand, est chercheur au Centre franco-allemand Marc Bloch à Berlin. Il a été chercheur invité à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (Laboratoire RECITS). Ses recherches portent sur la France du XIXème et XXème siècles.
Film projeté et commenté : Berlin is in Germany ! (2001, Allemagne, Annes Stöhr). Vendredi 2 décembre 2005 : La frontière dépassée
14h00 : Aux frontières des frontières Béatrice Fleury est professeur à l’université Nancy 2 et chercheuse au Centre de recherche sur les médiations de l’université Paul Verlaine-Metz. Elle a travaillé sur la culpabilité allemande dans le cinéma allemand. Elle est spécialisée dans les représentations sociales de l’image, et notamment sur la mémoire et le traitement télévisuels des guerres contemporaines. Elle est codirectrice de la revue «Questions de communication».
Film projeté et commenté : Les Ailes du désir / Der Himmel über Berlin (1987, France-Allemagne, Wim Wenders).
17h00 : France-Suisse-Italie 1939-1945 : une frontière entre rêves et réalités Claude Hauser, historien, est professeur à l’université de Fribourg (Suisse). Spécialiste de l’histoire comparée des intellectuels et de la «Question jurassienne», il a publié en 1999 (Saint-Imier) : «Les réfugiés aux frontières jurassiennes (1940-1945), accueil et refoulement-internement».
Film projeté et commenté : La Dernière Chance 1945-1946 (Prix international de la Paix, Festival de Cannes 1946), Suisse, Leopold Lintberg.
20h00 : La réconciliation franco-allemande dans le cinéma français et allemand des années 30 Jérôme Bimbenet, historien, chargé de cours à l’IUFM de Paris, vient de soutenir une thèse de doctorat remarquée sur «La réception des films de Leni Riefensthal en France». Film projeté et commenté : La Tragédie de la mine 1932, Allemagne, Georg-Wilhelm Pabst. 22h00 : Une projection suivie d’un débat autour de : Mémoire de la frontière et de la guerre entre la France et l’Allemagne Jacques Walter est sociologue et professeur en sciences de l'information et de la communication. Il dirige le Centre de recherche sur les médiations de l'université Paul Verlaine-Metz. Il est également co-directeur de la revue «Questions de communication». Ses travaux actuels portent sur la médiatisation des conflits (Shoah, ex-Yougoslavie, Rwanda, Seconde Intifada, etc.) ou leur médiation mémorielle. Il vient de publier «La Shoah à l’épreuve de l’image» (Paris, Presses universitaires de France, 2005). * Laboratoire de recherche au sein de l'Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, RECITS est une Equipe d’Accueil reconnue par le Ministère de la Recherche qui relève des sciences humaines et sociales. Son approche résolument pluridisciplinaire vise à appréhender le phénomène technologique de manière historique et contemporaine, dans sa complexité à la fois économique, sociale, politique et symbolique. En outre, RECITS développe une politique de valorisation patrimoniale, technique, artistique et industrielle et anime un Master «recherche» dédié à l’histoire des sociétés et des économies industrielles.
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