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du 26 novembre
au 4 décembre 2011 |
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INTEGRALE : Milos Forman
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Liste des films proposés
Présentation de Milos Forman, par Jean-Claude Carrière
| Présentation
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Vol au-dessus d’un nid de coucou, Hair, Amadeus…
Tout le monde connaît Milos Forman, sinon l’homme du moins ses films.
Et plus certains de ses films que son œuvre tout entière : qui a
vraiment vu Taking Off ? Qui a vu récemment Au feu, les pompiers ou Ragtime ? A t-on assez dit que Man on the Moon est un film inespéré, géniale variation sur le spectacle et l’anti-spectacle ? Cinéaste
américain d’origine tchèque, Milos Forman est né en 1932. Encore jeune,
il est élevé par des proches parents, les siens ayant été déportés sans
retour. Et il faut peut-être dire d’emblée une singularité qui va
irriguer absolument toute son œuvre et lui donner, quel que soit le
sujet ou le pays du tournage, chaque fois cette couleur si personnelle
: Forman a connu, dans sa chair même et à différents âges de sa vie,
tous les systèmes idéologiques qui ont structuré (et déstructuré) le XXème
siècle, le nazisme, le communisme soviétique, le capitalisme américain.
Non qu’il posera ensuite sur chacun un regard d’équivalence bien sûr,
mais chaque fois dans ses films saura n’être dupe d’aucun et en montrer
mieux que personne les effets sur la liberté individuelle.
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 Milos Forman |
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Étudiant le cinéma à la FAMU, l’école tchèque pour futurs metteurs en scène, il commence à travailler pour la télévision, puis devient assistant de cinéma. Bref, il apprend le métier, un métier dont il fait la preuve dès un premier moyen-métage remarqué, Concours, en 1963. Un film qui tranche déjà avec la production courante en choisissant ouvertement, non un sujet “ héroïque ” l’As de pique (1963) et les Amours d’une blonde (1965). En 1967, Forman franchit un pas de plus, signant avec Au feu, les pompiers son premier film en couleurs et, surtout, une satire qui trahit une impatience, la sienne et celle des forces vives de son pays : quelque chose d’un certain ordre politique, immobiliste et dépassé, va céder, doit céder. Il est en France au moment où les chars russes écrasent à l’été 68 le bien nommé printemps de Prague, dont ses films tchèques constituent alors rétrospectivement les plus beaux signes avant-coureurs. mais banal – sauf qu’il n’était jamais traité à l’époque, révélant alors tout un refoulé qui ne demande qu’à jaillir : la vie et les attentes réelles de la jeunesse de son pays. Dès lors, il est synchrone avec les nouvelles vagues telles qu’elles apparaissent un peu partout au cours des années soixante. La confirmation de ce regard nouveau survient dans la foulée avec deux films ultra sensibles et impitoyables : 1968 est le moment de l’impossible retour en arrière, du grand saut en avant, ouvrant l’ère d’une deuxième vie. Ou, tel qu’il résume lui-même son trajet d’Est en Ouest, Forman passe en pleine conscience “ du zoo à la jungle ”, c’est-à-dire d’un pays, d’un système où les personnes vivent en cage et surveillées à un autre où l’illusion consiste à croire à la liberté parce qu’elle existe, et qu’elle est même au cœur de la philosophie politique du “ nouveau monde ”. Étrangement ou logiquement, cet artiste, dont l’œuvre américaine tourne autour de la question du spectacle et de sa représentation critique, va enchaîner les succès au box-office et les récompenses : cinq Oscar pour Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), Hair qui fait le tour du monde (1979) et encore sept Oscar pour Amadeus (1984). En même temps, Forman demeure un cinéaste à part : il tourne peu et prend son temps entre chaque film ; ses méthodes sur le plateau empruntent souvent aux techniques d’une improvisation contrôlée tant l’obsession pour lui est de restituer en tout une certaine forme de “ naturel ” et de vérité des êtres et des situations ; il est à l’aise dans la forme épique aussi bien que dans la peinture de l’intime, ce qui lui a valu la réputation méritée de portraitiste, à la manière de cet artisan dans Ragtime (1981) capable de faire apparaître des figures ressemblantes en découpant des profils dans du papier noir. Surtout, il s’éprend de personnages de rebelles et d’insoumis, qu’ils se nomment Mozart, Valmont (1989, adaptation très libre des Liaisons dangereuses), Larry Flynt (1996) ou Andy Kaufman (Man on the Moon, 2000), tous en butte à une forme ou une autre d’Institution avant que n’apparaissent leurs fêlures secrètes, une folie que le spectateur n’avait pas su déceler plus tôt et découvre alors à sa grande surprise. Plus encore, au cœur de l’œuvre se cache un sujet secret, non élucidé, mais visible : un goût pour le dédoublement (Vol au-dessus…, Hair, Amadeus) qui fait souvent d’un personnage le porte-parole ou le continuateur d’un autre. Assurément, un thème autobiographique un peu mystérieux. Y aurait-il deux Forman en cet homme qui connut deux vies ? Milos Forman, actuellement en tournage d’un film sur Goya (Goya’s Ghosts), d’après un scénario de son ami Jean-Claude Carrière (ensemble, ils ont écrit Taking Off et Valmont), est un cas : il a su profiter de sa gloire et de ses succès pour toujours avancer masqué et maintenir intacte son inspiration atypique. Suprême élégance, géniale liberté.
| Liste des films proposés
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• Concours/Konkurs (Tchécoslovaquie, 1963, court-métrage) + S’il n’y avait pas ces guinguettes/Kdyby ty muziky nebyly (Tchécoslovaquie, 1963, court-métrage)
• L’As de pique/Cerny Petr (Tchécoslovaquie, 1963)
• Les Amours d’une blonde/Lasky jedné plavovlásky (Tchécoslovaquie, 1965)
• Au feu, les pompiers/Hori, ma panenko (Tchécoslovaquie, 1967)
• Taking Off (États-Unis, 1971)
• Vol au-dessus d’un nid de coucou/One Flew Over the Cuckoo’s Nest (États-Unis, 1975) • Hair (États-Unis, 1979)
• Ragtime (États-Unis, 1981)
• Amadeus (États-Unis, 1984)
• Valmont (États-Unis, 1989)
• Larry Flynt/The People Vs Larry Flynt (États-Unis, 1996)
• Man on the Moon (États-Unis, 2000)
• La Pince à ongles (Jean-Claude Carrière, scén. : J.-C. Carrière et Milos Forman, France, 1968, court-métrage)
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 Man on the Moon (États-Unis, 2000) |
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 Amadeus (Etats-Unis, 1984) |
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 Hair (États-Unis, 1979) |
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 Vol au-dessus d'un nid de coucou One Flew Over the Cuckoo's Nest (États-Unis, 1975) |
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| L’ours du Connecticut
par Jean-Claude Carrière
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Nous avons vécu ensemble, à New York, pour préparer Taking Off, qui fut tourné en 1970. Milos, après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les chars russes au mois d’août 1968 et la fin brutale du “ Printemps de Prague ”, avait décidé de rester à l’ouest et d’essayer d’y travailler. France ou États-Unis ? Il ne savait pas encore.
Dans les années qui suivirent Taking Off, film à tout petit budget qui ne nous rapporta pas un dollar, Milos vécut au fameux hôtel Chelsea, dans une chambre qu’il payait comme il pouvait. Il avait dû laisser sa famille à Prague et ne pouvait pas y retourner. À près de quarante ans, il était un auteur de films très connu, ses films tchèques des années 1960 étaient étudiés dans les écoles de cinéma, invités dans tous les festivals, couverts de prix — et il vivait avec deux ou trois dollars par jour. Comme dans un compte de fées, après des années difficiles, Michael Douglas, qui tenait les droits de son père, lui proposa Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il accepta , il travailla sur le script. Pendant le tournage — à Salem, dans l’état d’Oregon — il m’invita pendant une semaine et de nouveau nous vécûmes ensemble. Le film payait ses dépenses et ses finances restaient maigres. Mais, comme il avait un pourcentage, le succès métamorphosa sa vie. Il avait réussi son pari. Après Lubitsch, Fritz Lang et quelques autres moins connus, il devenait d’un coup un cinéaste américain, nanti d’un premier Oscar et d’un vrai prestige. Mais sans cesser d’être lui-même. Il ne renonçait pas à être un auteur de film pour devenir un bon faiseur parmi d’autres. Il voulait réussir le paradoxe de ne faire que ce qui lui plaisait à l’intérieur d’un système connu. De là, peut-être, un fréquent retour à l’Europe. Si on y regarde de près, dans les films qui suivront, il fut souvent tenté par des histoires européennes (Amadeus, Valmont, et tout récemment Goya’s Ghosts). Hair garde encore beaucoup de son regard tchèque, si personnel, qui était celui de Taking Off, film observé directement et tourné “ en vrai ”, ce qui en fait aujourd’hui le seul film sur le mouvement hippy et les run away kids. Ce regard précis, à la fois chaleureux et ironique, tendrement impitoyable, qui était celui des Amours d’une blonde et de Au feu les pompiers, il devait le garder pour Ragtime et plus encore pour Larry Flynt et le surprenant Man on the Moon. Avec Goya’s Ghosts il revient en Europe et même au passé de l’Europe, qu’il affectionne. Je ne connais aucun autre cinéaste qui fût capable de ce va-et-vient. Et c’est sans doute là qu’il trouve sa vraie force. Tchèque, il est devenu américain. Américain, il est resté tchèque. Même si, aux États-Unis, il est un adepte de la côte Est, il n’ignore rien des méthodes hollywoodiennes, auxquelles il n’adhère pas. Avec l’aide de Saul Zaentz, en qui il a trouvé un producteur incomparable, il garde son indépendance, il reste lui-même. Pas une image de ses films ne lui échappe. Surtout, il a gardé son rapport direct avec les individus, son attention scrupuleuse au réel. Pour Taking Off, nous avons vécu des mois à New York dans une petite maison downtown (où habitait aussi Ivan Passer), partageant la vie de nos personnages, les observant de près, côtoyant Janis Joplin et Tina Turner (qui est dans le film). Pour Goya’s Ghosts, nous avons sillonné l’Espagne de long en large, parlé et travaillé pendant deux ans. Milos fuit l’arbitraire et recherche avant tout le vrai. Il est très près des choses, particulièrement de la nourriture et de la politique internationale. Il joue à être lourd et un peu rustre, ce de quoi il faut se méfier. Dans le travail, il est hanté par la justesse d’une parole, d’un geste. Avant de commencer le tournage, il fait de nombreuses répétitions, avec les acteurs et les techniciens, pour arriver à trouver le rythme, le ton, les mouvements de la caméra, qui sont toujours commandés par ceux des personnages. Il dit que toute action que nous inventons, tout événement, même infime, doit être à la fois inattendu et inévitable. À première vue, ces deux mots paraissent contradictoires, mais l’expérience aide à s’en sortir — et aussi le travail en commun, qui est avant tout un jeu, une improvisation constante, de longues semaines de solitude dans sa maison du Connecticut (une des plus vieilles d’Amérique, entourée de bois, ce qui lui valut l’hiver dernier d’avoir la visite d’un ours). Chacun essaye de séduire l’autre, nous jouons tous les rôles, je prends des notes. Et la règle veut que nous n’adoptions une scène que si elle nous plaît, totalement, à tous les deux. À la moindre restriction, au moindre doute, on efface tout et on recommence. Il reste aussi très bon public et c’est aussi une de ses forces. Il ne pratique, sur les films des autres, aucune critique systématique. Le soir, après toute une journée de travail, très souvent nous regardons ensemble un film récent, sur DVD. Cette technique a cela de bien qu’elle permet quelques commentaires à haute voix. Et c’est une merveille de voir comment Milos s’intéresse, s’excite même à la vue du film, revient en arrière pour analyser une scène, comment lui, sans doute un des plus grands cinéastes vivants, aime encore, passionnément, le cinéma. Jean-Claude Carrière, né en 1931, publie en 1957 son premier roman, Lézard. Il rencontre Pierre Etaix chez Jacques Tati, et cosigne avec lui le Soupirant et Yoyo. Il travaille ensuite avec Luis Buñuel sur la plupart de ses derniers films (Le journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie…), et aussi avec Milos Forman pour Taking Off, Valmont, et Goya’s Ghosts, actuellement en tournage. Scénariste du Tambour de Volker Schlöndorff, de Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard, de Max mon amour de Nagisa Oshima, il alterne également les romans (Simon le Mage, La Controverse de Valladolid…), les essais (La force du Bouddhisme, Le vin bourru…) et les pièces de théâtre (L’Aide-mémoire) .
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