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Journées professionnelles d'EntreVues


L'exploitation en question

Compte-rendu des journées professionnelles d’EntreVues à Belfort
les 29 et 30 novembre 2007

Qu'attend-on de la sortie d'un film…

Un marché à (ré)inventer pour le cinéma de recherche

L’atelier s’est déroulé en trois temps de travail qui ont regroupé réalisateurs, producteurs, distributeurs et exploitants. La première matinée a permis d’interroger les participants sur ce qu’ils attendaient d’une sortie en salle. Un après-midi fut consacré à la projection de deux films en fin de montage et pour lesquels se pose la question de la diffusion. Enfin une dernière matinée de travail, après les attentes et les questionnements, a permis d’envisager quelques pistes de travail pour (ré)inventer un marché pour le cinéma de recherche.

Le constat général et unanime est celui d’une inquiétante dégradation des conditions de l’exploitation des films de recherche en salle, pour des raisons bien connues et analysées que nous n’allons pas développer à nouveau ici dans le détail, mais qui se résument à une multiplicité des sorties, des copies, une rotation de plus en plus rapide des films et donc une quasi impossibilité d’installer les films dans une durée. Nous reviendrons sur cette question de la durée, du temps donné qui a été au cœur des discussions.

Première affirmation des participants qui donne un cadre à la réflexion : le film est un prototype car il s’agit d’une proposition artistique. De ce fait le travail mené pour le donner à voir s’inscrit dans une logique du cas par cas.

Cette logique du cas par cas s’applique aussi aux salles qui ont des réalités diverses (de taille, de situation géographique, de statut).

La question centrale est celle de l’existence d’un film et, pour ce qui nous préoccupe aujourd’hui, d’un film de recherche, dans un environnement marchand qui est de plus en plus dur.

EXISTER pour les participants se définit de manières diverses, parfois antinomique.

Mais il s’agit avant tout de transmettre, de rencontrer son public.

Cela peut se faire à travers des modalités classiques, avec des entrées qui génèrent de l’argent et donc une économie qui existe, y compris dans ces zones de fragilité. Cette économie, pour se mettre en œuvre, nécessite une l’ambition portée par tous (et c’est difficile) qui permette de trouver l’endroit juste pour un film grâce à un calibrage au moment de sa sortie entre une réalité artistique, l’économie de la production et celle de la distribution. Cela impose une compréhension partagée du film et une compréhension entre tous les acteurs de la chaîne :

  • Entre le réalisateur, le producteur et le distributeur. Il est apparu important que ce trio se forme très tôt, même si bien évidemment il est soumis aux aléas économiques et relationnels inhérents à la fabrication d’un film.

  • Entre l’exploitant et le film, car la salle reste le lieu de la valorisation du film. Certains s’inquiètent d’une valorisation qui ne serait que symbolique, détachée de l’économie, même fragile, du film. Car la viabilité économique est aussi la liberté de faire. Refus du ghetto, d’un cinéma à deux vitesses avec d’un côté des films de marché et de l’autre des films de musée.

Ceci affirmé, il n’en reste pas moins que certains films, et les deux films projetés sont là pour le prouver, ne trouvent plus aujourd’hui leur place dans le marché (documentaires, moyen-métrages, films atypiques ou ambitieux dans la forme…). Doivent-ils pour autant aller au musée, peut-on inventer un autre type d’économie ? C’est une des contradictions, pas totalement résolue, de nos discussions.

Il y a de moins en moins de moment et d’endroit pour voir l’ensemble des films dits de recherche et les plus fragiles ont de plus en plus de mal à trouver un distributeur.

Plus un film est exigeant, difficile, plus le temps est une donnée essentielle à sa fabrication et à son exposition. Or cette exigence de durée entre en contradiction avec la réalité actuelle de l’exploitation et de la distribution car nous vivons dans une économie du court terme. Comme chacun sait le temps est de l’argent et l’ensemble des pistes de propositions évoquées lors de ces deux jours tendent à dégager des moyens de différentes origines pour permettre de prendre en compte, donc de rétribuer ce temps nécessaire à un vrai travail d’exposition des films de recherche.

Ces moyens supplémentaires peuvent venir :

  • du compte de soutien, en particulier à travers la reconnaissance de travail de découvreur, de défricheur que mène les petits distributeurs indépendants. Les modalités précises sont à inventer, mais il a été suggéré de s’inspirer de l’exemple des clubs de foot où les gros clubs payent aux petits les joueurs qui ont été formés chez ces derniers et qui partent jouer chez le premiers ;

  • des fonds publics dédiés à l’action culturelle qu’ils soient nationaux ou territoriaux et qui permettent de donner du temps pour aider à la création ou à l’exposition des films

Et ils doivent permettre par exemple :

  • La création de poste de médiateur dans les salles, soutien et mise en réseau de structures associatives du type ACRIF, GNCR, ACID, Périphérie…qui sont hors marché et peuvent offrir un temps de travail dans la durée, intervenir en amont, en aval de la sortie, agir comme des relais, des soutiens au travail des distributeurs et exploitants, voire des producteurs ;

  • Mise en place de formations sur l’exploitation et sur le travail de médiation ;

  • Création d’outils de réseau (plateforme internet, sites recensant les films) qui permettraient aux salles participantes d’avoir connaissance des films « en marge ».

L’ensemble des participants à ces journées professionnelles avaient reçu un certain nombre de documents contenant des propositions à mettre en œuvre, émanant de l’ACID , du GNCR et de la SRF, sur lesquelles nous ne sommes pas revenus mais qu’il est nécessaire de prendre en compte.

Bien entendu la diminution annoncée des crédits déconcentrés dans les DRAC va dans le sens exactement inverse de ce que nous préconisons et nous rend encore plus déterminés à nous élever fermement contre.

Ont participé aux deux matinées de reflexion :

les réalisateurs Marie Vermillard, Vincent Dieutre, Dominique Cabrera, les producteurs Emmanuel Giraud (Les Films de la Croisade), Philippe Avril (Unlimited Films) Gaëlle Jones (Château Rouge) Emmanuel Chaumet (Ecce films), les distributeurs Maurice Tinchant (Pierre Grise distribution ), Thomas Ordonneau (Shellac), les exploitants Jean-Claude Tupin et Elisabeth Ducos (groupe Majestic), Boris Spire (L'Ecran de St Denis), Luigi Magri (L’Appolo, Chateauroux), Quentin Mevel (délégué général de l’ACRIF), Marcel Muller (Swiss Film).

Ces ateliers étaient animés par Fabienne Hanclot (ACID) et Olivier Bruand (GNCR) et restitués par Michelle Soulignac (Directrice de Periphérie).

Anne Cochard, directrice de la création, des territoires et des publics au CNC était présente au débat public le samedi 1er décembre.