JE ME SOUVIENS ...
des premiers films de Kira Mouratova
Censuré par l'état soviétique jusqu'à la perestroïka, le cinéma de Kira Mouratova dépeint une Russie oridnaire hors de toute idéologie.
C'est plus par son regard que par les sujets de ses films que Kira Mouratova semblait déranger les oligarques de l'Union soviétique depuis son premier film Brèves rencontres jusqu'au Syndrome asthénique, ours d'Argent au festival de Berlin, récompense qui finalement permit sa sortie sur les écrans russes. Voir l'ensemble de ses six premiers films – dont deux inédits en France – c’est constater l’évolution et l’affirmation d’un style : d’une image (”à la Cassavetes", comme le relève Louis Skorecki dans Libération lorsqu’il découvre ses films en 1987) à une image plus frontale. Kira Mouratova ancre ses histoires dans la réalité brute de la Russie de l’époque : les logements exigus, les villes où se posent de vrais problèmes d’approvisionnement constituent l’environnement dans lequel vivent ses personnages. Mais sa vision aiguisée passe surtout par un attachement particulier aux petits détails, à la limite du minuscule, et à la trivialité du monde, comme pour effacer la réalité soviétique et son système au profit du quotidien de vies ordinaires qu’elle regarde avec enchantement. Des vies ordinaires où une femme est aimée par deux hommes (En découvrant le vaste monde), un homme aimé par deux femmes (Brèves rencontres), une mère prête à tout pour garder son fils (Longs adieux)… Jamais mièvres, ses films ne parlent pourtant que d’amour, toujours et sans concession, l’amour dans tous ses états, dans toute sa rage.
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