La Fabbrica : Les premiers films de...

Séances spéciales

Carte blanche à la Cinémathèque Française

Manoel De Oliveira / Maurice Pialat / Guy Gilles / Alain Cavalier / Jean-Daniel Pollet / Jerzy Skolimowski

1h17
Coul.

Une sélection de courts-métrages proposée par Samantha Leroy (Cinémathèque Française). 

Douro faina fluvial de Manoel de Oliveira (1931, 18 min, muet avec musique)

Ouvertement inspiré du film de Walter Ruttman Berlin, symphonie d’une grande ville, Douro, faina fluvial est à la fois un documentaire d’inspiration sociale sur l’activité quotidienne le long du fleuve Douro, une entreprise formaliste dans la perspective de l’avant-garde des années 1920 et une critique du pouvoir et de la violence militaire sous la dictature de Salazar.

Isabelle aux Dombes de Maurice Pialat (1951, 9 min, muet)

Dans la région de la Dombes, au nord de Lyon, une femme au volant d'une voiture semble fuir un homme qui la traque.

Soleil éteint de Guy Gilles (1958, 12 min)

Trois personnages, trois vies, trois voix qui racontent leurs difficultés ou leur impossibilité à quitter l’Algérie. Le montage fait résonner les réflexions de l’un avec les émotions de l’autre, tissant un chassé-croisé savant et invisible.

Un américain d’Alain Cavalier (1958, 16 min)

Un sculpteur américain vient à Paris dans le but de perfectionner son art au contact de la culture française. Pour vivre, il est contraint de vendre le New York Herald Tribune dans la rue et aux terrasses des cafés.

Pourvu qu’on ait l’ivresse de Jean-Daniel Pollet (1958, 20 min)

Dans un dancing, une foule hétéroclite de dan- seurs, expérimentés ou malhabiles, profitent du dimanche pour draguer ou épater la galerie. Parmi eux, un jeune homme timide hésite encore...

Oko Wykol de Jerzy Skolimowski (1960, 2 min, muet)

Une foire désertée, une roulotte. Un lanceur de couteaux s’exerce sur sa compagne. L’exercice est périlleux car c’est en mouvement sur un cheval à bascule qu’il recherche la maîtrise de son geste.

Leur premier coup

"Sous influence, introspectif, autobiographique, déterminé, le premier court métrage, loin d’être une ébauche, est chargé du désir et de la nécessité de réaliser, de faire exister.
Nous sommes à la période du cinéma muet et Manoel de Oliveira filme le Porto de sa jeunesse sous l’influence des avant-gardistes, taraudé par les questions sociales et la répression salazariste. Quelques vingt ans plus tard, Maurice Pialat signe un premier film expérimental, sombre et troublant, proche du cinéma de Georges Franju. De l’autre côté de la Méditerranée, Guy Gilles, à l’affût des émotions, livre à nu ses appréhensions et ses espoirs dans un essai poétique. Alain Cavalier, lui aussi, s’inspire en partie d’anecdotes autobiographiques pour modeler l’histoire d’
Un américain. C’est en préparant Pourvu qu’on ait l’ivresse que Jean-Daniel Pollet repère Claude Melki, qui deviendra son alter ego cinématographique. Le film, d’après Jean-Luc Godard, révèle «un cinéaste qui sait avoir pour ce qu’il filme la même tendresse que Raymond Queneau vis-à-vis de son ami Pierrot, mais aussi la même férocité que Jean Vigo à propos de Nice». Enfin, dans son premier film tourné lors de ses études à l’école de Lodz, Jerzy Skolimowski pose les jalons de son esthétique obsédante, de l’absurdité et de l’instabilité qui caractérise son œuvre à venir.
À coup sûr, leurs premiers films recèlent des surprises et ne laissent pas indifférents au regard de leur filmographie accomplie depuis."

Samantha Leroy, Cinémathèque française (Entrevues, Octobre 2018)

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