41e édition LONGS MÉTRAGES 2026
COME IN FROM THE COLD
Abe CALLARD

Un étudiant étranger, coincé dans son université pendant les vacances d’hiver, décide de débuter un journal filmé.
Le mot du comité de programmation :
Cette fiction d'Abe Callard est d'abord délicate à caractériser. De quoi s'agit-il ? Un conte de Noël moderne sur le campus de Chicago ? Un récit d'horreur, parsemé de vues sociologiques et de traits d'esprits d'une diaspora chinoise coincée dans un pays pas encore apprivoisé ? Ou juste un vlog, en mode itération hyper contemporaine d'un found footage ? Disons quand même que le film se traîne des références elles aussi paradoxales, en contradiction, inventant une forme charnière entre celle du Projet Blair Witch et le cinéma de Jean Eustache. C'est que le village qui est filmé est complètement vide : la parole du comédien (Eric Huang, assez extraordinaire découverte) performe l'enquête, et abrite une foule d'indices auxquels se rattacher. Une sale histoire dont les tenants nous sont précautionneusement disséminés, et les aboutissants trop surprenants pour les révéler. Cette précieuse promesse faite par Come In From the Cold – celle qui dit : la parole est un acte –, est d'autant plus belle qu'elle est tordue dès sa base en la destituant de toute une préciosité qui a fait de la conversation un acte de noblesse. Rien de tout ça, ici : c'est en empruntant les codes de la production d'images la moins anoblie (le vlog storytelling) que Abe Callard invente très discrètement une manière de faire des films, avec pour toute économie un studio d'étudiant et une caméra un peu crasseuse.
Pierre Guidez
